Archives de l’auteur : Véronique Poutoux

. Retours d’expériences.

Comme nous vous le proposions dans l’édito d’avril 2021 “L’école inclusive s’essouffle-t-elle?”  nous souhaitions recueillir vos échos d’expériences… ce qu’elles disent de l’école inclusive et des évolutions du métier, des découvertes, de ce qu’elles montrent des progrès des jeunes… Voici une première réponse. D’autres suivront, nous l’espérons.

Bonjour,

A la retraite depuis 18 mois, “ancienne” enseignante en mathématiques et coordonnatrice d’un dispositif ULIS collège, je peux témoigner comme ce virage de l’école inclusive fut marquant pour moi et porteur de sens, humainement parlant et aussi professionnellement.

Je viens de lire votre édito sur le site de ” vers une école inclusive” et je me dis que oui, cet édito découle de la crise sanitaire actuelle. Pour dire vrai, il m’inquiète un peu.

J’ai vraiment eu l’impression lors de mes années “ULIS” d’une ouverture, d’échanges, de construction positives.

Je n’ai jamais tant travaillé avec mes collègues pour construire les séances de cours en classe entière que ce soit en amont des cours, en co-intervention, ou en reprise en ULIS…avec des échanges fructueux .

Je rencontre parfois des “anciens ulis” et peux témoigner que pour plusieurs d’entre eux ce fut aussi une expérience positive.

Certes, nous avons vécu des échecs, des souffrances, des périodes difficiles mais ces moments moins lumineux ne font-ils pas aussi partie de toute vie, de toute expérience?

Si je regarde mes années ULIS avec du recul, dans leur globalité, j’affirme que le collège inclusif est une grand chantier positif pour tous et à poursuivre.

Elisabeth

L’école inclusive est une réalité si l’on donne les moyens à l’école d’accueillir et si l’équipe éducative en majorité est prête et est entraînée par quelques enseignants motivés +++. Il est nécessaire que tous les éducateurs travaillent ensemble et sachent en toute simplicité échanger des pratiques pédagogiques, des savoirs d’ expériences ce qui n’est pas toujours évident.Il semblerait que depuis quelques temps le bel élan s’essouffle. COVID ? Travail en distanciel ? Manque de renouvellement ? De formation ? Mais ce qui est indéniable, c’est la richesse de ce mouvement inclusif qui pousse l’équipe éducative à toujours se remettre en question.

Céline Locatelli. Chef d’établissement.

• A vos agendas ! Jeudi 10 juin, de 18h à 19h

Vous êtes de plus en plus nombreux à fréquenter le site et à nous adresser aussi des encouragements ou à nous faire part de ce que vous vivez… Nous sommes heureux de vous convier à un temps d’échange autour du site

                               le Jeudi 10 juin de 18h à 19h par visio.

Nous souhaiterions échanger avec vous sur l’évolution du site et  vous entendre sur vos besoins , ou ceux de vos équipes… Car nous sommes toujours “Vers” une école inclusive. Il nous faut continuer de dynamiser  tous ceux qui y travaillent, d’accompagner ceux qui sont plus réticents ou se sentent en difficulté, et enfin répondre de mieux en mieux aux différents besoins de tous ces jeunes plus vulnérables, si divers dans leur personnalité, leur histoire, et leur manière d’apprendre.

Alors pour cela, il vous suffit de vous inscrire en utilisant ce formulaire et ce, avant le 8 juin de façon à ce que nous puissions vous adresser le lien de connexion.
Au plaisir de cette rencontre à venir,

Bénédicte Dubois, Philippe Dubois et Véronique Poutoux.

• Différencier, individualiser, personnaliser, coopérer…

Dans la revue Éducation et socialisation, Sylvain Connac propose un article  dans lequel il interroge ces différents termes. Il apporte ainsi une clarification combien nécessaire pour mieux comprendre  l’action pédagogique. Pour lui, il s’agit de proposer :

  • des temps collectifs d’étayage par l’enseignant (Bruner, 1983 ; Lescouarch, 2018), afin que les élèves puissent être enrôlés puis maintenus dans leur orientation par une dynamique de recherche collective, en lien avec les informations et ajustements apportés, les temps d’enseignement collectif apparaissant comme plus égalitaires et efficaces que les dispositifs qui privilégient le seul travail individualisé (Crahay, 2013) ;
  • des temps individualisés, pendant lesquels chacun poursuit le travail qu’il a engagé précédemment (Grandserre et Lescouarch, 2009) et l’enseignant investit une « table d’appui » (Forget, 2017, 2018), notamment pour soutenir les réflexions des élèves qui bloquent ;
  • une organisation coopérative du travail, par de l’aide, du tutorat entre pairs, de l’entraide ou du travail en groupe ou en équipe (Connac, 2017, Connac, 2020). Ces interactions participeraient à la qualité des apprentissages parce qu’elles aideraient les élèves à mieux comprendre et apprendre (Buchs, 2017) et complèteraient le travail d’étayage fourni par l’enseignant

Si nous partageons le modèle proposé, il nous semble toujours important d’interroger la conception des activités proposées et leur degré d’accessibilité.

A lire donc :https://journals.openedition.org/edso/13683

• Des parents parlent du confinement

Cinq parents, militants Quart Monde*, s’adressent aux enseignants pour leur faire part de leur reconnaissance du travail mené, des difficultés aussi rencontrées durant le premier confinement et de leurs inquiétudes…

Ils redisent aussi l’importance qu’ils accordent à l’école… 

5 témoignages directs à partager … Car il s’agit bien de mieux comprendre en ces temps difficiles le vécu de  chacun.

Merci à ATD Quart Monde de permettre cette diffusion.

* Militants Quart Monde : personnes en situation de précarité, engagées dans la lutte contre la grande pauvreté. 

• La surdité, la recherche s’accélère…

La surdité en chiffres 900 millions de personnes touchées d’ici à 2050

5% de la population mondiale concernée

1000 nouveaux-nés sourds par an

Une personne sur trois de plus de 65 ans est malentendante

https://www.pasteur.fr/fr/journal-recherche/dossiers/surdites-recherche-s-accelere

Un article intéressant pour actualiser nos connaissances et mesurer l’importance de cette déficience et de ses conséquences.

Dans la période néonatale, elle est particulièrement problématique car l’audition est indispensable à l’acquisition de la parole, outil majeur de communication : l’afflux d’informations auditives vers les aires cérébrales de traitement du langage est capital au cours des 6 premières années de vie, surtout entre 0 et 3 ans. Une surdité profonde non corrigée par un appareillage auditif empêchera l’acquisition spontanée du langage oral. En cas de surdité moyenne, le langage peut être acquis mais l’atteinte auditive de l’enfant aura un impact sur l’apprentissage scolaire, le développement cognitif et l’adaptation sociale. Car quel que soit l’âge auquel elle survient, la surdité altère considérablement les interactions sociales : mal entendre ou ne plus entendre autrui conduit à l’isolement social, à l’origine d’une souffrance psychologique qui plonge certains malentendants dans un état dépressif. La surdité est souvent associée à un déclin cognitif, surtout chez les personnes âgées (altération de la mémoire, des capacités d’attention…). On sait depuis peu qu’elle est le principal facteur de risque, modifiable, de survenue des maladies neurodégénératives.

• Livret Parcours inclusif ?

La CNSA (Caisse nationale  de solidarité pour l’autonomie) a conçu un outil qui sera généralisé dans les écoles à la rentrée 2021.
Ce « livret parcours inclusif » est une application disponible sur smartphone et ordinateur. Il permettra de suivre le parcours de scolarisation d’élèves en situation de handicap.
Les intentions sont positives, espérons que le résultat sera facilitant pour tous.

A voir

et aussi

 

• Le coenseignement ? Y voir plus clair !

Marie Toullec-Théry et Philippe Tremblay publient ” Le Coenseignement : Théories , recherches et pratiques”.
Nous connaissons bien les travaux de ces deux auteurs et savons comment leur réflexion est étayée et éclairante pour les pratiques d’enseignement inclusives.

      “Le coenseignement est défini comme un travail pédagogique en commun, dans un même groupe et
dans un même temps, de deux ou de plusieurs enseignants se partageant les responsabilités éducatives pour atteindre des objectifs spécifiques (Tremblay, 2012). Cet ouvrage a l’ambition de faire un point sur ce que l’on sait déjà à propos du coenseignement, de ses intérêts, de ses avantages comme de ses limites. Le propos ne se limite pas seulement aux fondements sociohistoriques, aux définitions et aux configurations du concept, mais s’intéresse aux conditions de mise en œuvre effectives, en n’oubliant pas le travail préalable de planification. Notre préoccupation est aussi d’exemplifier cette synthèse, fondée sur des résultats de recherches, par des pratiques effectives et des discours de coenseignants, qu’ils se trouvent en France, en Suisse, en Belgique ou au Québec.”
Divisé en dix chapitres, cet ouvrage intéressera, au premier plan, les étudiants en

sciences de l’éducation, les enseignants et les directions d’école souhaitant s’engager dans cette transformation de l’École ou simplement intéressés par cette question.

A lire donc...
le sommaire met déjà en appétit…

• Le PAI, quoi de neuf ?

Le ministère publie une circulaire sur le projet d’accueil individualisé (PAI) pour raison de santé. La visée est de bien clarifier les bénéficiaires, les responsabilités, la mise en œuvre dans une démarche concertée pour que les jeunes ayant des difficultés  de santé puissent effectuer leur scolarité au mieux.

La scolarité des enfants et des adolescents atteints de troubles physiques (allergies, asthme, diabète, épilepsie, drépanocytose, leucémie, etc.) ou psychiques (troubles scolaires anxieux, troubles du comportement alimentaire, syndromes dépressifs, etc.) évoluant sur une période longue, s’effectue selon les règles en vigueur de l’École inclusive et dans le cadre du respect de l’obligation scolaire.

C’est par une réflexion d’ensemble et un travail en équipe associant tous les membres de la communauté éducative que les conditions optimales sont réunies. Le directeur d’école ou le chef d’établissement est responsable de l’application du PAI. Les personnels de santé et d’action sociale en faveur des élèves apportent, chacun dans leur domaine de compétence, toute l’assistance requise aux équipes éducatives.

La notion d’établissement d’affectation, les rôles des uns et des autres (Chef d’établissement, médecin, parents, jeunes et enseignants) sont définis à la fois dans l’étape de l’élaboration mais aussi dans le suivi. L’importance est donnée à une démarche concertée. Le PAI peut se combiner avec les différents projets pédagogiques PPRE, PPS ou PAP.

Le projet d’accueil individualisé pour raison de santé (PAI) est conçu et mis en œuvre dans le cadre d’une démarche concertée. Il s’agit de faciliter le parcours de vie en structure collective d’un enfant ou d’un adolescent présentant un trouble de la santé.

Il est élaboré avec le jeune et ses responsables légaux, à leur demande ou en accord avec eux et avec leur participation. Les personnels de santé de la structure collective explicitent la démarche aux familles en tant que de besoin. Le projet d’accueil individualisé définit les adaptations nécessaires pour faciliter l’accueil de l’enfant ou de l’adolescent au sein de la collectivité. Il indique, si nécessaire, les régimes alimentaires, aménagements d’horaires, les dispenses de certaines activités, dès lors que celles-ci sont connues, incompatibles avec sa santé et les activités de substitution qui seront proposées le cas échéant. Il fixe les conditions d’interventions éventuelles médicales ou paramédicales des partenaires extérieurs.

Le PAI est un dispositif compatible avec la mise en place d’un programme personnalisé de réussite éducative (PPRE), d’un plan d’accompagnement personnalisé pour trouble d’apprentissage (PAP) ou d’un projet personnalisé de scolarisation pour handicap (PPS).

Il appartient aux personnels de l’école ou de l’établissement de mettre en œuvre les conditions de la continuité de la scolarisation de l’élève, en particulier la transmission des documents pédagogiques par tout moyen, notamment numérique.

La circulaire concerne aussi l’articulation de la scolarité avec les temps péri-scolaires mais aussi les structures de la petite enfance et aussi les accueils collectifs de mineurs. Elle précise aussi les modalités pour la restauration scolaire et les voyages scolaires.

Le secret médical est bien affirmé pour ce qui concerne le diagnostic mais le partage d’informations utiles aux mises en œuvre des aménagements, des procédures d’urgence…  est possible avec l’accord des personnes concernées.

Projet d’accueil individualisé pour raison de santé. circulaire du 10 février 2021

• Les mots avant-gardistes des évolutions, les écoutons-nous ?

Les mots et expressions changent et peu à peu s’installent, se répandent, se remplacent, se parlent sans que nous ne mesurions forcément ce qu’ils contiennent vraiment. Ils portent en eux-mêmes, en avant garde des changements de représentations, de pratiques… De nouveaux mots peu à peu s’imposent, d’autres s’oublient.

Mais pour nous qui les utilisons, avons-nous toujours conscience de tout ce qu’ils contiennent ? Ne les détournons-nous pas pour les cantonner à nos territoires de pensées connus ? Au final, nous ne les laissons pas agir vraiment et porter les changements qu’ils contiennent.

Ainsi, par exemple, intégration et inclusion, handicap et besoin éducatif particulier, école inclusive et éducation inclusive …

  • Intégration, inclusion… A l’école élémentaire, les classes de perfectionnement deviennent des CLIS (Classe d’intégration scolaire) en 2002, et des ULIS (Unités localisée pour l’inclusion scolaire) en 2015.Les élèves en situation de handicap peuvent être “intégrés” en classe ordinaire, ou en CLIS, selon la bonne volonté des équipes enseignantes et c’est à l’enfant de s’adapter à l’école. L’ULIS marque le passage fort de lieux séparés et plus ou moins fermés dans l’école à un dispositif souple, ouvert. La CLIS traite les difficultés, répare, permet à l’élève de s’adapter à l’école. Elle est comme une structure qui marque cette logique encore à l’œuvre de la séparation, et de la réparation.  L’ULIS doit apporter des ressources aux enseignants, aux éducateurs, aux élèves pour que ceux-ci puissent participer au mieux aux activités proposées au sein du groupe classe. L’ULIS doit faciliter l’inclusion globale de l’élève qui a des besoins éducatifs particuliers. Il ne s’agit pas seulement de réaliser des “inclusions” dans la classe de référence par doses plus ou moins grandes en fonction des possibilités de l’élève ou de l’acceptation par les enseignants des demandes du coordonnateur. Il s’agit de concevoir les aides les plus ajustées aux besoins de l’élève dans les différentes situations rencontrées au cours d’une journée de classe, d’une année d’école. Les enseignants font toujours au mieux dans le système dans lequel ils sont. Certains précurseurs, analysant leurs pratiques et voyant les dérives, tentent de faire advenir de nouvelles pratiques qui sont interrogées par les chercheurs et conduisent à des changements profonds… Ce sont les pratiques dans un contexte donné qui amènent les évolutions d’idées et d’aspirations. Loin de moi l’idée de critiquer ce qui a été proposé pendant un temps aux enfants des CLIS ; mais la question est celle du changement et des résistances qui se développent, cultivent des nostalgies et ne comprennent pas les mots qui portent ces évolutions. Ainsi avec le mot inclusion, le sigle ULIS, d’autres mots émergent tout aussi importants tels que participation, aides, accessibilité.
  • L’école inclusive est cette école qui scolarise tous les élèves, et tente de développer des situations d’enseignement/apprentissage qui favorisent la participation de tous en mobilisant au mieux toutes les ressources, celles de l’élève lui-même, des élèves, des enseignants pour que chacun développe au mieux son potentiel et puisse à terme trouver sa place dans une société devenue inclusive. Il n’y a plus un enseignant par classe, ou un enseignant par matière, mais une équipe responsable de la participation de tous les élèves aux propositions éducatives et pédagogiques. Ce ne sont plus les “ULIS” , expression pour désigner les élèves de l’ULIS, c’est Antoine qui est en 4eme et qui bénéficie des ressources que peut lui apporter le dispositif ULIS. L’école inclusive doit mettre en œuvre une éducation inclusive, qui est plus globale, qui considère chaque être humain au-delà de ses seules performances scolaires, ou plus tard professionnelles, qui prend en compte ses intérêts, ses talents particuliers, ses fragilités aussi. Si nous voulons effectivement développer au sein de l’école et de la société, une éducation inclusive, cela demande de reconnaître que les parents, les copains, les personnels médicaux, para-médicaux, les AESH (Assistant d’éducation pour les élèves en situation de Handicap) sont des acteurs à part entière de ce défi. Cela demande de réaliser que les seuls apprentissages “scolaires” contribuent avec d’autres situations à entretenir toujours le moteur de l’apprendre qui fonde l’être humain. Entendons-nous bien, apprendre, ici désigne toute situation vécue de laquelle je vais développer un nouveau savoir, savoir-faire ou savoir être… Et c’est bien dans ce développement que se construit chaque individu. Si les atteintes physiologiques, psychiques, relationnelles… sont très importantes, l’éducation inclusive vise à créer du développement, de la croissance en dehors des formats normatifs, en nous obligeant à regarder ailleurs et autrement la personne, à concevoir un environnement qui permette au sujet d’advenir tel qu’il est et aux autres personnes de vivre avec lui ou elle comme une personne. Nous le voyons, cela suppose de partager des valeurs humaines de respect, de dignité, de reconnaissance de l’altérité. L’éducation inclusive n’est pas uniquement là pour apporter un mieux-être aux enfants et aux personnes en situation de handicap mais bien pour éduquer chacun de nous à ce nouveau regard, à une autre façon d’entrer en relation, à nous permettre de vivre pleinement ces valeurs de fraternité, de fragilité partagée, et de création toujours renouvelée.

Nota bene : cet article est paru sous forme d’édito en mars 2019. il nous a semblé utile de le reproposer à la réflexion commune.