Il y a un chemin à construire…

Les attentats du 13 novembre à Paris, ceux de Peschawar, ce 16 novembre de l’autre côté de Kaboul, qui ont fait  au moins 141 morts … Des talibans déguisés en policiers sont entrés dans une école et… le Burundi au bord à nouveau de la guerre civile… Cette actualité  de la terreur  qui devient si proche de nous, soulevant cette grande émotion collective, nous oblige à interroger le sens de nos vies et fait naitre, renaître le désir de fraternité.
Les enfants de maternelle nous ont demandé: c’est quoi des méchants? Ils vont venir dans notre école? dans notre maison? Les plus grands  peuvent avec les mots qui sont là, pourvu qu’ils soient là,  ont pu parler, dire ce qu’ils ressentaient et aussi  tenter de  recueillir des éléments factuels. Mais nous butons tous sur le non sens et  mesurons notre impuissance de pensée et d’actions pour  éradiquer ces formes monstrueuses de notre humanité.

L’éducateur, parent et enseignant, est donc ébranlé dans sa foi nécessaire  en l’humain. Il est possible que des hommes, instruits,  se transforment en armes de guerre. Les psychiatres nous rassurent, montrant les pathologies qui sont alors à l’œuvre. Nous sommes renvoyés cependant à ces zones d’ombre où la détresse n’a pas été perçue. Ce ne peut être du seul ressort de l’enseignant, ni même d’une équipe , mais  les enjeux éthiques  du métier sont convoqués  pour répondre à cette question  du surgissement de l’absurde meurtrier. Enjeux éthiques à définir pour notre société, pour un projet commun  qui redirait la primauté de  chaque vie, Il n’y a pas de vie minuscule,et penserait des modèles économiques de solidarité  et de fraternité.

L’éducateur, parent et enseignant, est aussi  conforté dans sa grande responsabilité du vivre ensemble au quotidien, dans ce Prendre soin de l’humain . Cela  sollicite l’effort de compréhension, qui génère un climat sécure et de bienveillance. Cela  demande une patience qui se nourrit  de gratuité et nous permet de dépasser notre fatigue de la répétition. Cela oblige au service de ce développement global.

Oui, nous avons eu mal, nous avons mal  de notre malheur commun. Oui, nous aurons encore mal. Oui, nous avons peur.

Mais nous pouvons  accepter  en nous, ensemble cette douleur commune comme un nouveau moteur. Celui qui nous  obligera à  apprendre à goûter  comment chacun des enfants, des jeunes qui nous sont confiés, sont précieux; combien chaque moment  peut déployer d’amour, d’émerveillement aussi. Oui, nous continuerons de mobiliser nos cœurs, nos intelligences, nos actions  chacun et ensemble. Oui, dans cette époque troublée, il y a un chemin à construire, une dynamique de vie à promouvoir, une éducation inclusive à mettre en œuvre.

L’école inclusive doit aussi envisager les différentes dimensions de la personne qu’il soit élève, enseignant, éducateur, parent. Il s’agit ici d’un enrichissement anthropologique qui propose pour chacun une éducation globale. La reconnaissance de ces différentes dimensions comme constitutives de l’être humain peut améliorer les relations de collaboration et de coopération au sein des classes. La notion de vulnérabilité d’apprendre reconnaît en tout être humain une zone de fragilités, plus ou moins importante qui n’étant plus inexistante devient le lieu de transformation possible de chacun. L’École vise alors un développement global de chacun qui préfigure une humanité qui ne recherche plus l’hyper compétence et l’hyper efficacité qui génère toujours plus d’exclusion mais une humanité consciente de ses richesses, de ses fragilités, des singularités qui renouvelle la question de l’altérité et du projet de vie de nos collectifs.

Voir: http://www.versunecoleinclusive.fr/pourquoi-ce-site/

Véronique Poutoux, rédactrice en chef. Le 18 novembre 2015