. Ombre et lumière dans notre monde !

Nos temps sont si troublés par les guerres qui enflamment ces terres pas si lointaines et dans le même temps le renouveau de la nature redonne vie, gonfle nos voiles d’une envie d’insouciance… d’un désir d’agir là où nous sommes…

En nous stupeur, incompréhension, compassion pour toutes ces victimes. Et pourtant, la réalité de nos classes ravive et enntretient ce désir d’accompagner tous nos élèves pour permettre l’éclosion de chacun, proposer l’étayage nécessaire aux différents apprentissages … Ce désir de faire de nos classes un lieu de non exclusion, un îlot de fraternité qui pourra s’étendre dans la cité, reste vif et ose nous conduire, nous encourage à l’action humble quand tout autour s’accumulent problèmes, tensions, injonctions contradictoires.

Immense utopie ? Oui et non… C’est elle qui nous fait tenir et chercher, et nous réjouir aussi de ces progrès réalisés, de ces moments où la classe a été embarquée par le vent de la curiosité, la dynamique d’un collectif qui est capable de se passionner…

Quand tout est sombre, le moindre rayon de soleil prend une dimension encore plus grande. A nous de rendre visible ces éclaircies, ces rayons de lumière qui surviennent, oui, dans notre école, dans nos classes ! Explicitons-les avec nos élèves ! Parlons-en à leurs parents ! Faisons rayonner ces avancées !

Daniel Pennac, dans « Chagrin d’école », écrivait ces lignes.  Elles redisent le sens le plus intime et total de notre action, de notre quotidien… Si dehors tout est noir, nous pouvons tirer de notre mission pédagogique, une lumière qui peut redonner vie.

..Mais gardons-nous de sous-estimer la seule chose sur laquelle nous pouvons personnellement agir et qui, elle, date de la nuit des temps pédagogiques : la solitude et la honte de l’élève qui ne comprend pas, perdu dans un monde où tous les autres comprennent. Nous seuls, pouvons les sortir de cette prison-là, que nous soyons formés ou non formés pour cela.

Les professeurs qui m’ont sauvé- et qui ont fait de moi un professeur- n’étaient pas formés pour ça. Ils ne se sont pas préoccupés des origines de mon infirmité scolaire. Ils n’ont pas perdu de temps à en chercher les causes et pas davantage à me sermonner. Ils étaient des adultes confrontés à des adolescents en péril. Ils se sont dit il y a urgence. Ils ont plongé. Ils m’ont raté. Ils ont plongé à nouveau, jour après jour, encore et encore… Ils ont fini par me sortir de là. Et beaucoup d’autres avec moi. Ils nous ont littéralement repêchés. Nous leur devons la vie.

Nous avons la chance que nos écoles fonctionnent, que nos enfants et adolescents puissent s’y retrouver chaque jour. Nous avons là encore, ce pouvoir d’agir qui ne fanfaronne pas, qui ne se mesure pas forcément par les enquêtes diverses, qui ne se laisse pas décourager par les sirènes des catastrophes. Il est humble, créatif, coopératif et constitue le cap que nous pouvons nous donner en équipe pour cette traversée bien mouvementée.

Véronique Poutoux. 25 mars 2026.