. Il est possible de faire autrement. Il est grand temps!

De part et d’autre, la logique de la seule compensation individuelle se trouve questionnée.

Le rapport de l’IGESR et de  l’IGAS montre l’épuisement d’un modèle qui repose sur l’accroissement exponentiel  de demandes d’aides humaines. Depuis la loi de février 2005, nous avons conservé un système hybride qui continue de séparer les enfants et adolescents entre école et structure spécialisée. Au niveau pédagogique, la personnalisation des parcours a été privilégiée,

Si bien sûr, nous déplorons le statut précaire des AESH et leur non reconnaissance, nous pensons qu’il est grand temps de faire autrement si nous voulons réellement une école qui soit le lieu de vie ordinaire de tous les enfants, préparant ainsi de mieux en mieux une société inclusive où la question du handicap fait partie de notre vie à tous. Nous sommes tous concernés. En cette période de choix politiques importants pour notre pays, cette vision peut constituer le socle d’un projet de société qui se tourne résolument vers  l’accessibilité du bâti, des transports, des loisirs, du logement, des apprentissages, des relations… Nous devons franchir le cap d’un regard qui est ajusté dans la relation à chacun, meme si nous devons encore apprendre à dépasser appréhension première devant des corps, des expressions, des mouvements différents.

Il y a bien à repenser le système dans sa complexité, en quittant les positions idéologiques et les défenses de pré carré. Il nous faut quitter les seules logiques médicales, catégorielles et de droit à pour volontairement et collectivement choisir les logiques environnementales et de droit pour participer.

Cela suppose de réinterroger le cœur de ce qui se joue dans les classes: effectif, climat, pratiques d’accessibilisation des apprentissages, organisation des espaces, flexibilité, mise en valeur des progrès de chacun et de tous, entraide et coopération.

Cela suppose de réinterroger l’organisation des établissements scolaires pour dégager des temps de concertation entre enseignants pour permettre une analyse des pratiques d’enseignement, entre enseignants et éducateurs, assistants d’accessibilité et intervenants médico-sociaux… Cela suppose de favoriser les différentes modalités de co enseignement. La classe n’est plus sous la seule responsabilité d’un seul enseignant face à un groupe d’élèves. Cela suppose de repenser des espaces qui ne se calculent pas au nombre de m2 par élève, mais qui s’organisent en fonction des différents besoins  des élèves et des adultes. Besoins différents, suivant les âges, les approches pédagogiques… besoins parfois plus spécifiques mais pouvant profiter à tous… Salles de répit, de sensorialité, de soins … Cela suppose la rencontre voulue et progressive entre les différents acteurs sur un même territoire dans un maillage à échelle humaine. Cela suppose des équipes interprofessionnelles qui se construisent peu à peu dans une confiance réciproque au service de tous les élèves.

Cela suppose d’interroger les ministères de tutelle :

Pour l’éducation nationale, veulent-ils vraiment d’une école inclusive ? Quelle école voulons-nous : élitiste,égalitaire ( faussement) ou équitable? Quels savoirs enseignés ? quantité ou qualité ? Savoirs, savoir-faire et savoir être pour notre siècle ?

Pour le ministère de la santé…   Veulent-ils vraiment développer des établissements universels ? C’est à dire considérer les établissements scolaires comme les lieux de vie ordinaires pour tous les élèves en mettant en synergie avec les équipes enseignantes et éducatives dans cet espace les ressources spécialisées dont ils disposent ?

Cela suppose un autre maillage, et de nouvelles configurations des lieux, et des pratiques interprofessionnelles.

Nous pouvons commencer à voir de ci- delà, des expériences allant dans ce sens-là. J’avais la chance d’assister il y a peu à une journée dans un collège dans lequel un IME s’est installé depuis septembre 2025. Il ne s’agit pas d’une unité d’enseignement externalisée… Non l’expérience va plus loin car des moyens humains ont été mis en place, l’équivalent de 2,5 TP, enseignant spécialisé, éducateur et différents professionnels qui interviennent sur place. De son côté le collège a pu proposer des salles suivant les besoins des jeunes ; salle pour les cours, salle de répit, sensorialité et bureaux pour dispenser les soins nécessaires.

La réussite de ce projet tient à la volonté d’acteurs locaux, aux rencontres qui se sont tissées en amont ( préparation de 3 ans en amont …), projets réunissant les deux publics d’élèves avant septembre 2025, rencontre des équipes de part et d’autre, analyse des pratiques pédagogiques en vue de les rendre plus accessibles à tous. Dans le quotidien actuel, les jeunes de l’IME sont devenus des collégiens. ils partagent, temps de restauration, pause et participent à différents projets interdisciplinaires. Les professionnels apprennent à travailler ensemble. Il y a encore du chemin à faire mais l’année qui vient accueillera 8 nouveaux collégiens de l’IME…
De telles expériences vont réellement transformer l’école et la société. Donc , Oui , nous pouvons faire autrement !

Véronique Poutoux, Juin 2026.

Tout cela paraîtra à certains