» D’une société inclusive à une société pleinement accessible. » Voilà le titre donné à la Conférence Nationale du handicap qui se déroule ce 4 septembre 2026. Nous ne pouvons que nous réjouir de cette position forte pour une pleine accessibilité que nous avons depuis plusieurs années placée comme idée phare de transformation des pratiques pédagogiques en vue de rendre l’école universelle, lieu de vie ordinaire pour tous les enfants.
Avant de pouvoir transmettre les moments forts, les conclusions de cette conférence et ses résolutions, je propose donc de prendre pour orientation de cette année à venir la formule suivante : « D’une école inclusive à une école pleinement accessible »
Au-delà des mots et des discours de ce jour, quelles réalités connaissons-nous ? quelles transformations allons-nous opérer pour rendre l’école accessible ; pleinement accessible. A l’échelle de chaque classe, de chaque école, établissement, des collectivités locales, des enjeux politiques qui vont se décliner dans les mois qui viennent quelles priorités discerner ? Quelles actions mener ?
Centrons-nous aujourd’hui sur le travail des enseignants pour participer et faire avancer la recherche d’accessibilité pédagogique. En ces jours de rentrée, de nouveau dynamisme envers et contre tout, comment au sein des classes, entrer dans ce changement de paradigme qui nous engage pour mieux articuler compensation individuelle et accessibilité aux situations d’enseignement/apprentissage pour favoriser la participation de tous ? Cette question de l’accessibilité pédagogique doit se poser en tant que recherche d’obstacles dans nos propositions : lisibilité des documents, analyse des propositions des fichiers utilisés, conception des activités proposées pour tous nos élèves.
- Lisibilité des documents : mise en page, (risque souvent de surcharge) type de polices, emploi du Français facile à lire ( FALC), utilisation réfléchie des recto verso, qualité visuelle des documents, images proposées… Mise en valeur de mots clés, organisation bien claire des différents paragraphes…. Pour améliorer cette lisibilité, n’hésitons pas à faire tester vos documents par des proches, par les élèves eux-mêmes avec cette question toute simple : « qu’est-ce qui t’empêcherait de faire cet exercice ? » Pour l’enseignant, accepter d’interroger ses propres évidences, en particulier celle liée à la normalité prétendue !
- Analyse des propositions des fichiers utilisés et des manuels : en effet, l’analyse nous conduit très vite à relever de nombreux obstacles. D’abord, les espaces de réponse ne sont tout simplement pas toujours prévus pour que les élèves puissent répondre (espaces trop petits par exemple)! ensuite, les activités proposées complexifient parfois inutilement les contenus ou les activités proposées. Enfin au sein d’un même exercice, les niveaux de difficulté peuvent être très variables et contenir les fameux « pièges ». Étonnant, cette notion de piège que les élèves connaissent si bien et qui détournent certains de l’objectif d’apprentissage en cours ! Un vrai formatage inutile. Apprendre est-ce déjouer des pièges ?
- La conception des activités proposées : comment être au clair sur ce que les élèves vont apprendre, vont devoir faire concrètement et dans leur tête et mobiliser, afin de lister les obstacles éventuels qui s’y trouvent et ensuite de proposer des aides à tous. Les obstacles rencontrés sont souvent liés à une demande de charge mentale trop importante, à un vocabulaire non accessible à tous, à des savoirs, savoir- faire jugés acquis, à des organisations proposées qui entravent inutilement l’activité.
Une des possibilités pour réaliser ces niveaux d’analyse et de conception des séances serait de constituer des micro-équipes qui aident chacun, chacune à quitter ses propres logiques pour mieux prendre en compte les logiques des élèves. Les temps de concertation dans le 1er degré donnent cette possibilité. Dans le second degré, si ce temps n’est toujours pas institué, il est de nitre pouvoir d’action de le prendre et de redonner de l’intérêt à notre métier.
Lister les obstacles contenus dans nos propositions pédagogiques c’est sortir de chemins parsemés de pièges qui permettent de sélectionner les meilleurs, est-ce pour autant rendre trop facile pour tous ce qui est en cours d’apprentissage. N’est-ce pas plutôt assurer la confiance, instaurer la notion d’aide comme étant nécessaire à tous à un moment ou à un autre sans qu’il y ait risque de moquerie. C’est favoriser l’entraide entre enseignants, entre élèves, entre parents … c’est mettre en lumière la richesse des modalités d’apprendre et de toutes nos diversités qui constituent nos écoles et notre société.
Véronique Poutoux, 4 septembre 2026.