Refonder, réformer ou transformer l’école?

Il s’agissait de Refonder l’école, finalement  ce fut une réforme!

Elle a fait couler beaucoup d’encre et provoqué des crispations, des tensions, des oppositions. Puis l’été a apporté dans le triste sillage de l’année 2015 ces événements dramatiques en France  en Europe et plus loin encore; la question de la sécurité dans les établissements a pris le devant de la scène… Qu’elle ne nous emporte pas trop loin dans une vision effrayante, confuse et stigmatisante mais nous provoque dans notre réflexion, dans nos relations entre collègues, avec nos élèves pour que du débat nécessaire naissent des convictions humanistes renforcées qui nous rendront attentifs à nos discours sur l’école, qui nous feront mieux prendre soin de ce bien commun qu’est l’école. Il s’agit donc de Transformer l’école.

En quoi cette réforme , menée à pas de course politisée, apporte-t-elle des éléments dynamiques pour l’école inclusive? Appliquée en totalité, la même année,il n’y a pas à dire la pédagogie du ministère de l’éducation nationale  peut progresser! Mais regardons quelques points importants:

Les nouveaux cycles et les liens école, collège  construisent une école du socle ; cela demande de considérer l’apprentissage comme un processus non linéaire  qui est variable d’un élève à l’autre et qui invite à quitter la trop forte normalisation  qui dès le CP enferme des enfants prématurément dans une difficulté scolaire… La répartition et les progressions vont devoir s’harmoniser à l’intérieur du cycle 3 et favoriser ainsi cohérence et continuité. La démarche de projet est sollicitée dans les EPI: nous savons que pour de nombreux élèves , les approches trop frontales, transmissives réduisent leur motivation intrinsèque et que très vite la machine à perdre pied les enferme. Quelque soit l’organisation des EPI retenue par une équipe, il s’agit de bien s’assurer que cette démarche de projet permet d’aborder en complémentarité et autrement les apprentissages. A voir les projets d’ EPI qui foisonnent, il y a des enseignants qui ont déjà pris goût à ce travailler en équipe et autrement. Apprendre à évaluer les acquis des élèves: repenser l’évaluation comme étant au service d’une progression et non comme une sanction qui exclut et produit chez de nombreux élèves un abandon d’eux-mêmes, de leurs possibles. Ils se résignent et s’éteignent ou encore se révoltent. Dans les deux cas que deviendront-ils? Pour apprendre, il faut être en confiance et avoir l’assurance que l’on peut se tromper, que c’est même nécessaire. Est-ce possible si au moindre faux pas, tombe le verdict! L’accompagnement personnalisé demande aux enseignants une autre posture, celle de cheminer avec les élèves, pour mieux comprendre les obstacles qu’il rencontre, ces nœuds d’incompréhension qui se serrent un peu plus chaque semaine, chaque année.

Ces éléments rencontrent les principes clés de l’éducation inclusive tels qu’ils étaient donnés par l’ Agence Européenne pour l’éducation des élèves à besoins éducatifs particuliers:*

—Élargir la participation afin de développer des opportunités pédagogiques pour  tous les élèves: ◦Que tous les élèves soient impliqués dans des activités qui fassent sens pour eux. ◦Concerne tous ceux susceptibles d’être vulnérables dans une situation d’apprentissage.

—Considérer l’apprentissage comme un processus

—Développer des pratiques de coopération

—Personnaliser certains parcours

—Développer une approche qui vise à répondre aux différents besoins sans catégoriser

—Promouvoir une évaluation positive.

Oui, nous sommes dans la nécessaire obligation de continuer à  transformer l’école, de lui faire quitter le paradoxe égalité, élitisme pour davantage d’équité, d’abandonner le modèle de la précocité, normalité, compétition pour un cheminement adapté, collaboratif et parfois individualisé, de promouvoir le bonheur d’apprendre ensemble avec plaisir et effort aussi, de tenir compte de notre réalité d’aujourd’hui en laissant définitivement la nostalgie de l’école d’autrefois.

Nous pouvons mettre en œuvre les différents éléments de la réforme. Trouvons ces zones de création collective qui nous donneront du cœur à l’ouvrage. Transformons notre école, et nos discours sur l’école. Déjà bien d’autres approches pédagogiques se vivent au jour le jour et veillent à rendre l’école inclusive.

 

Véronique Poutoux, rédactrice en chef, 30 Août 2016.

L’école inclusive est-elle réalité ?

L’école inclusive est-elle réalité ? Est-elle encore en chemin ?

Dans les conceptions, les pratiques , l’école inclusive , expression facilement employée aujourd’hui, n’en demeure pas moins  un idéal encore à atteindre et  qui porte en lui aussi une transformation de l’école. L’école inclusive est respectueuse du développement de chacun et  développe un art de vivre et d’apprendre ensemble pour une école et une société qui sont  à réinventer.

Depuis 2005, la loi pour l’égalité des droits et chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, a produit des avancées, qui restent insuffisantes certes, mais qui ont modifié les pratiques des établissements, des enseignants dans leur classe et qui sont lisibles et visibles dans tous les entretiens publiés au cours de l’année 2015.

Notre ambition au travers des entretiens réalisés était bien de donner modestement, à échelle de chacun des acteurs, une vision des changements en cours, des questions qui surgissaient, des paradoxes rencontrés.

Nous vous livrons aujourd’hui l’analyse de ces entretiens au travers des mots clés que nous avons  choisis , compte-tenu de leur fréquence importante: impact de la loi, l’accompagnement et la formation, l’inclusion, le partenariat… Ces différentes analyses seront mises en ligne successivement ainsi que la conclusion provisoire que nous pourrons en tirer.

Nous vous invitons à témoigner de vos réalités de terrain, au regard des analyses produites et au regard du paradigme de l’école inclusive que nous pouvons caractériser succinctement par   ce  tableau qui montre les changements de logique actuellement en cours…

Anciennes logiques Nouvelles logiques vers une société inclusive, une école inclusive.
Médicale : Prise en compte des facteurs individuels, désignation des élèves par leur difficulté ou leur trouble. Environnementale : Combiner les facteurs environnementaux et individuels. Interroger l’environnement aussi pédagogique en termes d’accessibilité
De droit, de non-discrimination : Droit de chaque enfant à être scolarisé, devoir des enseignants de « scolariser ».
Institutions spécialisées « à part », y compris au sein de l’école. Accès chaque fois que possible aux institutions ordinaires, dont l’école. Plusieurs modalités de scolarisation sont possibles. Les notions de dispositif et d’inclusion sont centrales mais ne sont pas stabilisées ni dans la compréhension, ni dans les mises en œuvre.
Ce sont des spécialistes qui prennent en charge ces élèves, en fonction des catégories et du type de service. Les parents peuvent subir des décisions prises par ces spécialistes. C’est un ensemble de partenaires qui organise les réponses possibles en termes de scolarisation, de soins et d’éducation. Les parents sont les premiers responsables de leurs enfants.
Assistanat : La personne est objet de soins. Participation : la personne est sujet et acteur.
Catégories : en fonction des catégories, les élèves « entrent » dans telle ou telle  structure ou filière.  Notion de Besoins éducatifs particuliers comme un besoin d’aide qui se conçoit comme un curseur et non comme une nouvelle catégorie

Véronique Poutoux, rédactrice en chef , le 20 février 2016.

État d’urgence pour une école de la bienveillance et de la créativité.

Souffrances de l’exclusion rendues  si visibles en 2015! Explosives, elles ont soulevé pour la société et l’école des questions si importantes: que voulons-nous vivre  ensemble dans un pays qui comporte tant de diversités, dans un monde où les enjeux de survie collective sont mis à jour? Quelles responsabilités collectives portons-nous?  Quelle éducation voulons-nous construire ensemble pour le bien commun?

Nous avons bien conscience d’être dans une période  difficile et c’est un peu comme si nous n’avions plus le choix de tergiverser, de demeurer sur nos positions assises; c’est comme si nous étions obligés de nous mettre en mouvement. Nous devons laisser nos peurs de côté; celles que nous nous créons  quand nous disons  Oui mais le programme… oui mais que vont dire les parents…

IL y a  état d’urgence à poser des relations qui permettent aux personnes d’exister, à toutes les personnes d’un établissement. Pour cela il y a urgence à  installer  un climat de bienveillance, de reconnaissance des sujets, un nouveau mode relationnel entre adultes, entre adultes et jeunes, un vrai dialogue, celui qui n’enferme pas dans les stéréotypes.

Il ne s’agit plus de faire fonctionner une « école obligatoire » qui ne fait plus sens  et qui navigue si lentement. Il s’agit de mobiliser tous les moteurs restés trop longtemps endormis:

  • Plaisir de venir
  • Celui de la Découvrir l’Autre dans sa ressemblance et sa singularité
  • Celui de la Confiance mutuelle entre collègues, avec une gouvernance plus collégiale, entre enseignants et élèves, entre élèves.
  • Celui de la  Créativité à chercher, à inventer, à innover, à plusieurs, et ensemble.

Les réformes en cours, celle du collège notamment, ouvrent des possibles aux initiatives, nécessitent des choix d’équipes et de liens entre les différents cycles, orientent vers une évaluation positive. Déjà nombreux sommes-nous à tenter, à chercher, à expérimenter, à y prendre goût et à nous laisser « épater » par tout ce dont sont capables les jeunes. Ondes qui rayonnent et s’élargissent. C’est bien ainsi que l’école peut changer et devenir chaque jour plus inclusive.

ANnée 2016

Il y a un chemin à construire…

Les attentats du 13 novembre à Paris, ceux de Peschawar, ce 16 novembre de l’autre côté de Kaboul, qui ont fait  au moins 141 morts … Des talibans déguisés en policiers sont entrés dans une école et… le Burundi au bord à nouveau de la guerre civile… Cette actualité  de la terreur  qui devient si proche de nous, soulevant cette grande émotion collective, nous oblige à interroger le sens de nos vies et fait naitre, renaître le désir de fraternité.
Les enfants de maternelle nous ont demandé: c’est quoi des méchants? Ils vont venir dans notre école? dans notre maison? Les plus grands  peuvent avec les mots qui sont là, pourvu qu’ils soient là,  ont pu parler, dire ce qu’ils ressentaient et aussi  tenter de  recueillir des éléments factuels. Mais nous butons tous sur le non sens et  mesurons notre impuissance de pensée et d’actions pour  éradiquer ces formes monstrueuses de notre humanité.

L’éducateur, parent et enseignant, est donc ébranlé dans sa foi nécessaire  en l’humain. Il est possible que des hommes, instruits,  se transforment en armes de guerre. Les psychiatres nous rassurent, montrant les pathologies qui sont alors à l’œuvre. Nous sommes renvoyés cependant à ces zones d’ombre où la détresse n’a pas été perçue. Ce ne peut être du seul ressort de l’enseignant, ni même d’une équipe , mais  les enjeux éthiques  du métier sont convoqués  pour répondre à cette question  du surgissement de l’absurde meurtrier. Enjeux éthiques à définir pour notre société, pour un projet commun  qui redirait la primauté de  chaque vie, Il n’y a pas de vie minuscule,et penserait des modèles économiques de solidarité  et de fraternité.

L’éducateur, parent et enseignant, est aussi  conforté dans sa grande responsabilité du vivre ensemble au quotidien, dans ce Prendre soin de l’humain . Cela  sollicite l’effort de compréhension, qui génère un climat sécure et de bienveillance. Cela  demande une patience qui se nourrit  de gratuité et nous permet de dépasser notre fatigue de la répétition. Cela oblige au service de ce développement global.

Oui, nous avons eu mal, nous avons mal  de notre malheur commun. Oui, nous aurons encore mal. Oui, nous avons peur.

Mais nous pouvons  accepter  en nous, ensemble cette douleur commune comme un nouveau moteur. Celui qui nous  obligera à  apprendre à goûter  comment chacun des enfants, des jeunes qui nous sont confiés, sont précieux; combien chaque moment  peut déployer d’amour, d’émerveillement aussi. Oui, nous continuerons de mobiliser nos cœurs, nos intelligences, nos actions  chacun et ensemble. Oui, dans cette époque troublée, il y a un chemin à construire, une dynamique de vie à promouvoir, une éducation inclusive à mettre en œuvre.

L’école inclusive doit aussi envisager les différentes dimensions de la personne qu’il soit élève, enseignant, éducateur, parent. Il s’agit ici d’un enrichissement anthropologique qui propose pour chacun une éducation globale. La reconnaissance de ces différentes dimensions comme constitutives de l’être humain peut améliorer les relations de collaboration et de coopération au sein des classes. La notion de vulnérabilité d’apprendre reconnaît en tout être humain une zone de fragilités, plus ou moins importante qui n’étant plus inexistante devient le lieu de transformation possible de chacun. L’École vise alors un développement global de chacun qui préfigure une humanité qui ne recherche plus l’hyper compétence et l’hyper efficacité qui génère toujours plus d’exclusion mais une humanité consciente de ses richesses, de ses fragilités, des singularités qui renouvelle la question de l’altérité et du projet de vie de nos collectifs.

Voir: http://www.versunecoleinclusive.fr/pourquoi-ce-site/

Véronique Poutoux, rédactrice en chef. Le 18 novembre 2015

Se déplacer

Nous avions montré que l’école inclusive veille à ce que chacun trouve sa place pour  pouvoir développer ses capacités, il nous faut aujourd’hui aller plus loin en s’attardant sur cette idée de « se déplacer ».

L’école inclusive  se concrétise actuellement sur le terrain par les déplacements que réalisent les élèves scolarisés dans les Ulis. Ils « vont en inclusion » , seuls, accompagnés, à plusieurs…   Mais doivent-ils être les seuls à se déplacer ? Que nécessite l’école inclusive en termes de déplacements?

  • D’abord  celui du moins visible et du plus difficile: se déplacer dans sa tête pour penser autrement les notions de handicap, d’aide et d’autonomie, déplacer aussi les conceptions de l’apprentissage référées majoritairement à la norme… ce qui est normal à tel âge, dans telle classe, à tel niveau… Déplacer aussi les conceptions de l’enseignement qui nécessite de penser des situations d’apprentissage accessibles  et non pas celles toujours mises en œuvre par les routines traditionnelles et seulement transmissives…
  • Imaginer aussi que les Ulis ne  soient pas un lieu  seulement ouvert aux élèves des Ulis; d’autres élèves pourraient s’y déplacer… pas seulement parce qu’ils ont besoin d’aides ou de remédiation, mais aussi pour être moteurs dans une activité, un projet, un futur EPI ( Enseignements pratiques interdisciplinaires). Il s’agira là, dans la réflexion et mise en œuvre de la réforme, de penser l’ensemble du dispositif en incluant  naturellement les dispositifs ULis; et non de façon séparée: d’un côté une réforme pour les classes, de l’autre les Ulis.
  • Je visite souvent des écoles ou espaces scolaires  flambant neufs et je m’étonne. Le format standard de la classe bouge peu. Les espaces scolaires continuent d’empêcher les modularités, flexibilités d’organisation du travail pédagogique. L’école inclusive, dans sa recherche de non exclusion, de prise en comptes des besoins d’aides différents, nécessite des regroupements différents, des déplacements fluides, des grandes salles ouvertes, modulables, des lieux pour des groupes plus restreints. Le volume classique de la classe avec une table par élève, la chaise qui va avec,  enferme les pensées des élèves  dans ce confinement, empêche donc l’école inclusive qui  nécessite que chacun se déplace  à tous les niveaux.
  • Certains , ouf, y pensent… Faire tomber les murs, penser le mobilier autrement…   Pour aujourd’hui, un moment pour rêver et pour voir là où l’on est, ce qu’il en est : place des Ulis,  déplacements, travail et modularités de groupe, travail d’équipe et modalités???

    Véronique Poutoux, rédactrice en chef. Le 23 octobre  2015. 

Trouver sa place, prendre sa place…

 Il y a un petit mois, les élèves arrivaient dans leurs établissements et se confronter à cette question : dans quelle classe suis-je inscrit ? Où est –elle ? Où dois-je aller ?

Premières questions qui normalement se résolvent facilement pour tous mais qui sont à penser de manière plus particulière pour certains pour éviter une première angoisse, celle d’être perdu, de ne pas trouver sa classe, de ne pas trouver sa place !

Une fois arrivé en classe, comment se joue l’installation de chacun ? La plupart du temps, nous laissons faire… Cela permet une première assurance : être à côté d’un copain, d’une copine, ou au moins de quelqu’un que je connais un peu. Puis très vite, l’espace se réorganise… Et nous « séparons » les bavards, les remuants, les timides, les plus performants… Première réorganisation qui « déplace » et fait bouger les places. A nouveau il faut trouver sa place et pour certains encore, nouveau risque passager de déstabilisation… Qui demande une explication bienveillante, une assurance donnée par l’adulte à l’enfant qu’il continuera à exister dans ce nouvel espace.

Tout cela peut paraitre anodin, pourtant notre cerveau reptilien est très sensible à cette question du territoire et active quand l’insécurité le gagne le système limbique qui à son tour peut inhiber le cortex et empêcher de prendre sa place dans les activités proposées, l’apprentissage en cours.

Car prendre sa place en classe c’est pouvoir pour l’élève exister tel qu’il est, se ressent, se sentir reconnu, accepté par ses camarades, ses pairs et aussi par ces enseignants. Prendre sa place, condition essentielle pour pouvoir apprendre. Cela exige pour les enseignants un travail nécessaire sur ce « vivre ensemble » de la classe et sur la façon d’installer la relation avec chacun personnellement.

Prendre en compte le vivre ensemble : c’est-à-dire l’organiser, donner le cadre, donner des rôles différents, mettre en valeur les talents de chacun, permettre aussi des « mixages » d’enfants qui ne se côtoieraient pas naturellement en pensant des activités de groupe où il y ait un vrai travail de chacun. (Voir l’excellent article de Gilbert Longhi…) Favoriser au maximum la reconnaissance mutuelle. A contrario, éviter de ne rien voir, d’ignorer les rivalités, les affinités ; la pédagogie institutionnelle si mal connue et si peu utilisée donne de vraies possibilités d’améliorer ce vivre et apprendre ensemble. Comment utiliser au mieux dans cette première période les heures de vie de classe au collège ? Pour communiquer et donc parler encore, transmettre toute une série d’informations ? Ou bien un moment propice pour apprendre à mieux se connaitre, chacun et ensemble ? Pour réfléchir ensemble et les élèves entre eux sur ce comment nous vivons ensemble ; chacun a –t-il sa place ?

Établir une relation personnalisée : c’est un regard qui est mobile. Chaque élève existe à un moment donné dans les yeux de son enseignant. C’est un enseignant qui bouge et qui vient voir chacun établit de brefs dialogues : juste une phrase, un conseil…

Il est encore temps de s’assurer que chacun a pu maintenant « prendre sa place » et s’y sent bien. Sans cela, c’est l’exclusion qui se mettra en place : auto exclusion du groupe, de l’accès au savoir. Exclusion par les autres. Blessures qui s’installent et demanderont, suivant la sensibilité de chacun, un travail de réassurance.

Trouver sa place, prendre sa place c’est finalement enfant, adulte, la condition première   de pouvoir exister avec d’autres, d’enclencher des processus dynamiques pour apprendre, pour vivre.

Véronique Poutoux, rédactrice en chef. Le 25 septembre 2015. 

Place à l’enthousiasme !

En ce temps de rentrée, faisons place à l’enthousiasme!

Enthousiasme des élèves: pour tous ceux qui découvrent un nouveau lieu, aux différentes étapes de la scolarité, CP, 6eme, entrée au lycée;  pour tous ceux qui retrouvent copains, espaces, adultes, enseignants. Enthousiasme des tout petits qui ont bien compris que par cette magie  « d’entrer à l’école », ils devenaient des « grands ». Une belle attente teintée aussi d’appréhension.

Enthousiasme des enseignants : pour  ceux qui entrent dans le métier avec leurs désirs et une certaine appréhension, bien compréhensible ;  pour  tous ceux qui  au delà de l’obligation du travail retrouvent cette part d’eux mêmes qui a vibré et vibre encore quand ce choix du métier s’est fait et quand au cours de leurs  expériences, il y a ces moments uniques  de vraie communion autour du savoir avec les élèves.

Enthousiasme des chefs d’établissement pour ceux qui ont relevé le défi de cette grande et belle responsabilité et qui entre les doutes et le  feu de l’action feront au mieux ; pour ceux qui retrouvent leurs équipes, accueillent les nouveaux enseignants, les surveillants et qui gardent comme une arme secrète ce dynamisme rayonnant pour tous.

Enthousiasme des parents : une nouvelle page  va s’écrire, peut s’écrire  pour leur enfants. Tout leur désir de bonheur pour leur enfant se tend en ce moment.

Enthousiasme des projets construits l’année précédente et qui vont se mettre en place. Enthousiasme des  projets à venir pour transformer l’école, la rendre plus inclusive.

C’est l’enthousiasme  des commencements pour chacun, je le souhaite, comme de nouveaux possibles qui s’ouvrent. Quels seront -ils ? Différents pour chacun mais semblables dans ce désir de mieux faire ! Mieux enseigner, mieux apprendre, mieux vivre ensemble… A cultiver donc cet enthousiasme !  Qu’il ne disparaisse pas trop vite,  que ce soit lui qui donne le tempo et réduise au murmure  toutes les peurs aussi associées à ce moment de la rentrée. Faisons lui une place et prenons le temps de le recueillir pour qu’il irrigue l’année à venir quand les jours seront plus sombres.
Ce pourrait être un temps précieux avec les élèves où l’on questionnerait le plaisir possible à être à l’école, le désir d’apprendre. Ce pourrait être avec ses collègues une « interdiction volontaire, partagée » à se plaindre trop tôt et trop vite des élèves, des parents, du contexte de travail. Ce pourrait être entre parents l’affirmation de la confiance en leur enfant, en les enseignants.
Vous me direz, descends de ta planète euphorique, regarde la réalité. Mais justement, c’est bien notre regard qui construit ce que nous croyons être la réalité et sans être aveugle à tout ce qui ne va pas, je prétends que  se nourrir régulièrement d’enthousiasme  c’est boire  un nectar qui immunise et garantit nos forces de vie .

Remettre à leur  place les inquiétudes possibles, ne pas les transformer  en angoisses démesurées. L’enthousiasme porte la confiance, condition première de l’éducation pour tous.

 

Véronique Poutoux, rédactrice en chef. Le 27 Août 2015

Une réflexion au sujet de « Place à l’enthousiasme ! »

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Aimons-nous assez nos enfants ?

Comment ne pas désespérer des résistances toujours à l’œuvre quand il s’agit de changer, de transformer l’école pour qu’elle aille de l’avant, qu’elle soit de son temps et prépare autant que faire se peut des enfants, des jeunes à leur avenir? Ceux-là mêmes, qui  à leur tour prendront leur place dans une évolution qui semble tant s’accélérer, que nous avons tant de mal à penser. Alors, nous laissons agir nos peurs, et elles font bien du bruit!

Comment ne pas être en colère quand enfin,  l’autonomie « voudrait » être donnée aux établissements et aux enseignants, pour qu’ils puissent répondre mieux aux besoins des jeunes? Aux besoins différents? Sous la bannière de l’inégalité qui en résulterait, c’est comme un refus de voir que l’école n’est pas égalitaire et que nous pourrions choisir  d’aller vers  un progrès pour tous  si nous décidions de viser  une école équitable, qui développerait les talents divers et sortirait d’un formatage garanti par la tradition.

Comment ne pas voir que nous peinons à  donner un projet pour l’école  car nous ne savons pas lequel dessiner pour notre société? Que nos pensées se bloquent en idéologies qui séparent, et creusent des tranchées…. Combien de temps encore avant que  nous réalisions qu’il y a urgence à  penser au delà de nous, à mobiliser une créativité éducative, pédagogique, systémique? Certains préfèrent s’enfouir  sous les barricades des process administratifs et l’immobilisme passéiste.

Et pourtant, je le crois, je le vois, sur le terrain, il y a des équipes qui inventent, qui osent se saisir des marges de manœuvre possibles pour que de la diversité  des situations, des élèves, de leur histoire, de leurs difficultés parfois, naissent d’autres chemins d’apprendre, de penser,de créer. Le plaisir de faire, de vivre ensemble est  au rendez-vous …

Alors que le nouveau socle dont nous vous donnons déjà sur le site un outil de présentation et d’analyse, améliore la cohérence, le pilotage de l’enseignement pour les enseignants et pour les équipes, la confusion est là entre  réforme du collège, nouveaux programmes et nouveau socle. Comme une paresse à aller chercher, à réfléchir vraiment et une facilité à battre le pavé et décrier tout ce qui touche à l’école élitiste et excluante de notre antiquité.

Ré entendons encore ces lignes d’ H. Arendt …

« C’est également avec l’éducation que nous décidons si nous aimons assez nos enfants pour ne pas les rejeter de notre monde, ni les abandonner à eux-mêmes, ni leur enlever leur chance d’entreprendre quelque chose de neuf, quelque chose que nous n’avions pas prévu, mais les préparer à la tâche de renouveler un monde commun. »

Véronique Poutoux, rédactrice en chef.

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Si difficile l’altérité…

Nous formulions ainsi les  vœux de l’équipe du site Vers une école inclusive, de la façon suivante:  « De la Joie dans l’altérité, de la Paix dans l’équité, de la Conscience dans nos gestes professionnels. »

Mais dès la semaine suivante, la joie fut remplacée par une immenses tristesse et révolte  de nous tous, pour ces morts préméditées et données sans aucune hésitation,  pour cette haine mûrie dans les lieux d’exclusion, pour cette intelligence mise au service de cette œuvre d’anéantissement. L’altérité n’avait pas pu se vivre  et avait provoqué folie haineuse de l’autre.

Puis cette manifestation qui rend visible un sentiment commun pour  se lever, pour dire non à la barbarie; et en même temps ces refus de certains, inquiétants, et renvoyant en boomerang ces questions déjà si présentes dans notre institution scolaire. De cette fausse égalité , de ces logiques de discrimination présentes depuis les années 80, les paroles de certains élèves ont fait mal, ont interrogé d’autres qui semblaient découvrir cette problématique.

Nouvel épisode visible de ce que les processus d’exclusion fomentent en silence jusqu’au jour…

Et voilà que tous cherchent des réponses, redonnent  celles déjà données… Au delà de ce  qui sera décidé, notons une réelle intention politique de transformer la donne mais il faut sans doute bien prendre la mesure de la complexité en jeu.

Sur le terrain, chaque fois que ces situations ont permis de dialoguer, il y a une avancée…Mais pour permettre cela, il est nécessaire de porter une grande attention aux mots choisis, à l’intonation, un prendre soin de qui parle et comment, bref une attitude éthique  de  l’adulte qui  modèle la relation entre élèves. Notre place d’adulte s’est trouvée questionnée. Qu’avons-nous à dire de tout cela? Quel monde insécure proposons-nous aux plus jeunes? Comment alerter sur les amalgames? Décoder les  simplifications? Mettre en éveil la capacité critique pour chercher les informations, comprendre ce qui fait peur…

La laïcité impose-t-elle une neutralité qui rendrait les adultes muets face à de telles questions? Celles légitimes des jeunes sur l’absurde, la violence, la liberté et le respect d’autrui, le sens à donner à sa vie dans une société qui a tant de mal à définir un projet fédérateur.

Comment  assurer vraiment dans chaque classe un « vivre ensemble » qui donne envie d’aller vers l’autre, qui s’enrichit de l’autre? Qui apprenne  la joie de travailler  et de réussir ensemble? Pouvons-nous poursuivre et montrer  toutes les initiatives dans lesquelles la pédagogie de projet, de la coopération  sont déjà de belles réponses? Elles comportent des rituels, donnent une assurance à tous, ouvrent au dialogue et développent, bien plus que tous les grands discours, un vivre et apprendre ensemble réel et réaliste, dont les adultes et particulièrement les politiques pourraient s’inspirer!

Nous allons, dans les semaines à venir, publier de ces récits et de ces réflexions qui montrent que l’école inclusive travaille au quotidien à assurer accueil, bienveillance, soin de l’Autre, dépassement des peurs et des résistances, interrogation des représentations hâtives et catégorisantes, acceptation d’un métier qui se transforme mais n’en demeure pas moins passionnant.

Véronique Poutoux, rédactrice en chef.

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