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. « Aider l’enfant à faire oeuvre de lui-même »

Le café pédagogique nous livre ce lundi 4 mai un entretien avec Philippe Meirieu et Xavier Bouchereau.  Voici quelques extraits qui m’ont particulièrement rejoint et qui redisent le sens profond de notre métier. 
Dans le livre, « Parce que nous croyons encore à l’éducation, Erès 2026, Philippe Meirieu, emploie à plusieurs reprises l’expression « aider l’enfant à faire œuvre de lui-même ». C’est une très belle expression, qui embrasse la question éducative dans toute sa poésie. L’éducation est ainsi un art : un art qui se consacre à une œuvre qui n’est pas la sienne. Si nous pouvons accompagner un enfant sur le chemin de la vie, sa destination ne nous appartient jamais ; il lui revient de la découvrir.
Ce rappel est essentiel à un moment où de nombreuses voix plaident pour  définir des protocoles sécurisés que les enseignants auraient à décliner. Toutes les nouvelles connaissances acquises grace aux sciences cognitives ne disent pas la complexité de cet « advenir » possible de chaque être humain. Nous ne fabriquons pas des objets  mais conduisons nos jeunes élèves vers le plein épanouissement de leur potentiel. C’est une belle oeuvre à laquelle nous contribuons.
Et, ainsi définie, la pédagogie n’est ni une science (avec des prescriptions à appliquer mécaniquement) ni une affaire de charisme individuel, c’est un « art de faire » : construire un cadre sécurisant et stimulant, préparer des progressions, être attentif aux événements qui surviennent, observer et comprendre ce qui se passe, prendre les bonnes décisions au bon moment.

Oui cet « art de faire » est tellement subtil, passionnant et sollicite chez l’enseignant et les équipes une part de recherche, de créativité, d’analyse. Les mises en oeuvre qui en découlent ne sont jamais garanties car surgit toujours inattendu de la réception par les élèves de nos propositions… Tous les instants de  « flow » nous étonnent nous-mêmes, quand tout va bien , que les élèves s’engagent pleinement, que la classe ressemble à une ruche qui s’organise et développe questionnement et pensées… Et quand rien ne fonctionne, il nous faut reprendre comme un tisserand sur le métier, chercher où sont apparus des nœuds…
La coéducation, ce devrait être cela : des portes qui s’ouvrent tout au long d’une vie en devenir, sans que nécessairement d’autres se ferment. Des possibles offerts à l’enfant dans des espaces différents, où ils peuvent s’éprouver et expérimenter d’autres manières d’être. Pour que ces portes restent ouvertes, il est important que l’école ne se ferme pas aux ressources de l’animation socioculturelle ou sportive, que les familles s’ouvrent à l’école, que la protection de l’enfance écoute davantage les familles. Bref, les adultes doivent reconnaître ce que les autres apportent à l’enfant, sans exclusive. Ils doivent accepter la différence de ces apports. Mieux encore : les soutenir, comme une nécessité pour que l’enfant grandisse. 
Merci de cette si juste définition de la co éducation… Quand l’école devient uniquement l’école de la performance et de la compétition, qui se croit la seule entité légitime d’enseignement, elle  produit des adultes enfermés dans leur égo et leur recherche de pouvoir. Ils instrumentalisent les enfants pour qu’ils deviennent des super héros dont ils seront fiers… Ouvrons-nous donc aux ressources humaines diverses. L’école est au service des ressources en chacun à développer ensemble.