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• Organiser les aides en classe

L’école inclusive est une école de la coopération et non de la compétition.  Cette conception est présente chez de nombreux auteurs et  s’actualise à nouveau comme une pratique qui vise à permettre une participation plus active de tous les élèves aux situations d’enseignement apprentissage proposées en classe. En effet, si lors des entreprises menées par le courant de l’école nouvelle, de nombreuses expérimentations posaient ce postulat, les raisons que nous donnons aujourd’hui sont à la fois proches et se sont enrichies de nombreux travaux de recherche et de conceptions  qui ont évolué, que ce soit par l’apport sur les différents modèles de l’apprentissage, mais aussi sur les données des neurosciences cognitives.

Quels sont donc les termes qui sont en jeu ? Activité, participation, modèle socio-constructiviste, intelligence collective… Il s’agit bien de  participer ensemble à une activité proposée qui va permettre de construire des apprentissages. Si la personnalisation des parcours est une recommandation  assez reconnue par la communauté internationale pour améliorer la scolarisation des élèves à besoins éducatifs particuliers, il n’en demeure pas moins que l’école est bien un lieu de l’apprendre ensemble. Cela nécessite que chaque enseignant y consacre du temps  et réfléchisse aux stratégies possibles pour faciliter cette coopération. Sylvain Connac a largement développé ce domaine de recherches ; il montre entre autre que cette coopération aide aussi les élèves qui n’ont pas spécialement de difficulté à approfondir leurs stratégies… Tout élève peut un jour ou l’autre avoir besoin d’aide. Quand “je ne sais pas faire” que je sois “un élève BEP ou pas”, je peux l’utiliser. C’est une autre vision de la classe et du vivre et apprendre ensemble  qui se développe ainsi. La stigmatisation peut s’atténuer.

Aurélie Bovin, s’inspirant de ces travaux vous propose ici son travail. Autour du tutorat, elle a réalisé avec ses élèves une charte de l’aide ainsi qu’un brevet de tuteur.
A lire pendant les vacances pour s’en inspirer et expérimenter à votre tour dès la rentrée prochaine.

A lire : Charte tutorat. Aurélie Boivin

• Fin des classes aménagées au sein d’un collège : essai réussi…

Nos traditions et représentations ont conduit une équipe à organiser pour des élèves présentant des difficultés importantes dans les apprentissages,  des classes aménagées, comme des “à part” dans leur collège. Par souci de bien faire, leur proposer une classe plus “cocon” avec une équipe motivée semblait être une réponse intéressante pour répondre aux besoins de ces jeunes et gérer l’hétérogénéité croissante. Après quelques années de fonctionnement, un nouveau questionnement est apparu : le paradigme de l’école inclusive a interrogé ces professeurs ; de plus ces élèves, lors de leur année de 3ème “décrochaient” en quelque sorte. Perte de motivation, pas beaucoup d’envie pour travailler, subissant plus ou moins leur orientation… Alors l’équipe a réfléchi… Voici un premier bilan après un trimestre de fonctionnement autre…
Où il apparait clairement que les motivations sont là, les progrès aussi ; que le tutorat fonctionne… Bref , il est toujours possible de faire évoluer les choses, et cela est intéressant et motivant pour tous !

Début septembre nous nous sommes engagés dans une nouvelle étape pour les élèves qui étaient en classe aménagée.[1] Depuis la rentrée de septembre, ils sont dorénavant inclus dans les classes dites « classiques ». À l’heure actuelle, fin du 1er trimestre, nous sommes en mesure de faire un premier bilan. J’ai rencontré courant novembre chaque élève de 4ème et de 3ème qui était jusqu’à l’année dernière en classe aménagée et les conseils de classe ont eu lieu. Les résultats sont surprenants.

Tout d’abord, les élèves sont satisfaits de ce changement. Leurs craintes avant la rentrée étaient : de ne pas pouvoir suivre le rythme, d’être exclus voire rejetés, de voir leurs résultats chuter, de perdre le peu de confiance qu’ils avaient gagnée.
Rien de tout cela n’est arrivé. Sur 25 élèves en 4ème seul une élève est en grande difficulté. La jeune fille a baissé les bras dès le départ mais les raisons sont d’ordre familial. En 3ème, seuls deux élèves sont en échec. Malheureusement une élève était déjà en échec en 4ème. Une orientation avait été proposée et refusée par la famille. La deuxième est surprenante. Cette jeune fille refuse complètement le changement et reste ancrée dans le passé. Elle refuse même toute aide de la classe. Nous travaillons avec elle et le professeur principal pour qu’elle accepte le changement qui est quelque chose de difficile pour elle même en dehors de l’école.

Pour les autres, ils sont devenus des élèves moteurs et surprennent les autres camarades par leur motivation, leur détermination et leur force de caractère. Ils veulent réussir comme les autres et s’en donnent les moyens. Certains sont les meilleurs éléments de la classe. Les élèves sont un peu admiratifs de cette volonté.

Quant à l’intégration auprès des autres camarades, elle s’est bien déroulée aussi. Les professeurs principaux ont mis en place des binômes afin que les bons élèves prennent en charge les élèves avec un handicap ou une difficulté. Ils sont devenus pour ainsi dire des professeurs particuliers. Toutes les classes ne fonctionnent pas ainsi. Certains professeurs sont réticents à mettre en place ce système. Ils ont peur que la charge soit trop lourde pour un adolescent. La réussite des autres effacera peut-être leur crainte et les poussera à faire de même. Les élèves sont très satisfaits de ce système. Les uns comme les autres apprennent en étant aidés, et en expliquant. D’ailleurs, les élèves des classes où la solidarité n’est pas mise en place trouvent que le rythme n’est pas assez soutenu et ils s’ennuient, alors que les élèves qui expliquent à leur binôme ne s’ennuient jamais.

Néanmoins, il reste une petite bataille à mener. Les anciens élèves de classe aménagée avaient une grande crainte avant la rentrée. Ils craignaient que l’on se moque d’eux. Cette peur est toujours présente , même s’ils n’ont subi aucune moquerie. Cette peur les empêche de participer même quand ils sont sûrs d’avoir la bonne réponse. Nous travaillerons dès la rentrée avec les professeurs principaux sur ce point.

Pour conclure ce premier bilan, même si rien n’est gagné nous restons convaincus des bienfaits pour nos jeunes de ce changement. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir mais avec une bonne dose de bienveillance nous allons réussir.

[1] Élèves rencontrant des difficultés dans leurs apprentissages avec troubles « dys »